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.: Février 2010

En octobre 2009 Gilbert Bianchi a réalisé une  nouvelle version du documentaire, Pérégrinations d'Emilia Masson à travers les cimes et les abîmes du Mont Bego, qui retrace mes recherches sur ce site. depuis le début.  Améliorée et complétée cette version inclut notamment   les découvertes les plus récentes  réalisées dans la Vallée des Merveilles. Chemin faisant, Gilbert Bianchi met à contribution son talent pour faire découvrir aux spectateurs  la beauté du site et les charmes de la région.


Il est désormais possible de commander le DVD de ce film (60 min.) à l'Association A la recherche de notre passée (93/95 av. du Général Leclerc, 75014 Paris) contre un chèque de 15 €.


.: Janvier 2010

La lecture du livre Ma vie de Carl Gustav JUNG  m'a réservé une surprise peu commune ! Au début du chapitre « Confrontation avec l'inconscient » le célèbre psychanalyste relate en détail le rêve qu'il a fait « en 1912 , vers Noël » lequel a constitué  pour lui le point de départ du processus qui devait le conduire vers les « profondeurs » de l’inconscient. Au regard de Jung c’est dans ces profondeurs que résidait la « mémoire collective » qui remonte à la nuit des temps.

Pressentant une symbolique particulière, voir un message dans ce rêve, Jung chercha sans succès à élucider son sens. Or, tout dans ce songe le contexte, la période, le scénario correspondait  au concept du renouveau, voire d’un nouveau départ , connu dans les plus anciennes traditions indo-europennes. Qu’il recoupait, en particulier  pour le scénario, les données des textes hittites.

Mes comparaisons entre le rêve de Jung et le vieux concept indo-européen sont désormais publiées dans Journal of Classical Studies, Matica Srpska,  tome 10 2008 (paru en 2009) sous le titre « Autour d’un concept primordial ».


.: Octobre 2009

Le texte ci-dessous sera publié en préambule du Bulletin des Etudes Renaniennes, n° 112, volume hors série consacré à André Caquot.

ANDRE CAQUOT (1923-2004)

Une évocation par Emilia Masson

Un hasard en apparence futile, un concours de circonstances à première vue insignifiant a souvent orienté une vie. Même mieux, lui a donné un sens. Au fil des ans André Caquot m’offrait sans cesse l’occasion de mesurer la vraie dimension de tels événements au caractère trompeur car faussement anodin. Leur raison d’être, dissimulée au départ, se révèlera avec le temps.

J’ai connu André Caquot peu de temps après avoir quitté les bancs de l’université de Belgrade pour m’installer en France. Avec ardeur et inconscience qui caractérisent la jeunesse je décidai alors de poursuivre ma formation en me lançant dans une entreprise qui dépassait autant mes compétences que ma maturité intellectuelle et mes expériences rédactionnelles. Car, mes aspirations se sont focalisées sur un doctorat consacré aux plus anciens emprunts sémitiques en grec. Pierre Chantraine accepta de diriger ma thèse mais à une condition : André Caquot devait en superviser la partie sémitique.

A la suite de bien d’autres, je fus d’emblée subjuguée par le sémitisant de ma thèse en herbe. Tel un miroir, son regard réfléchissait tout ce qui faisait de lui un personnage hors du commun : la richesse intérieure, la finesse de l’âme, une intelligence qui frise le génie doublée d’une perspicacité sans pareil. Au fil des ans, je devais m’apercevoir que le rayonnement de son regard fut animé avant tout par ce don de la nature que l’on qualifie d’intuition.

Homme affable, Caquot ne manifesta jamais la moindre réaction désobligeante face à la « matière brute » qu’il découvrait chez moi, encore moins face à mes lacunes. Ce fut tout le contraire. Revêtant le rôle d’un maître - l’un de ces maîtres généreux et disponibles qui désormais appartiennent à une période révolue - il s’appliqua à m’initier dans les méandres de la recherche. Plus exactement dans les méandres de tout ce qu’il dominait. Ainsi s’ouvrait pour moi une source d’enrichissement qui ne devait tarir qu’avec sa disparition.

Jeune débutante, je percevais au fur et à mesure les qualités de ce maître. Son vaste savoir me frappa en premier. Son raisonnement à une large échelle et ses jugements sûrs ensuite. Des connaissances et des compétences qui dépassaient le domaine de sa spécialité lui permettaient en effet de dominer un sujet ou d’appréhender un problème en le situant dans son contexte propre comme dans un ensemble général. Mais ce n’est que très progressivement que je devais recevoir de lui la leçon la plus précieuse : sa façon d’aller à l’essentiel, de saisir la quintessence. Façon hallucinante où il associait avec brio l’inné à l’acquis : l’intuition à l’érudition.

Lorsque mes recherches atteignaient le stade rédactionnel, commençait alors un nouvel apprentissage. Avec une générosité bienveillante Caquot m’initiait à l’art de manier la plume. Plus exactement de ce que fut son art de manier la plume : puisant dans une richesse de vocabulaire sans limites, il formulait le moindre propos à l’aide de tournures rehaussées d’originalité, d’élégance ou encore de nuances.

Conscient de ses prouesses rédactionnelles il en faisait aussi un jeu : signifier des critiques à l’aide de périphrases où la courtoisie rivalisait avec un humour souvent assassin lui procurait un malin plaisir. Un style feutré bien à lui qui traduisait à perfection des jugements sévères sans en faire état.

L’épigraphie était au regard d’André Caquot une discipline de second plan. Une discipline aux limites restreintes qui n’incite pas à la réflexion, me répétait-il. L’impossibilité d’examiner directement les inscriptions pour cause d’astigmatisme aurait-t-elle acéré une condamnation pareille ? Toujours est-il que mon engouement pour les écritures égéennes allait introduire une distance dans notre collaboration. Dans un premier temps du moins. Car, après avoir acquis un certain coup d’œil au cours de ces nouveaux exercices, Caquot fit appel à mes yeux pour examiner ou collationner des tablettes ougaritiques qui présentaient des difficultés de lecture ou d’interprétation. Et voici que cette tâche me permit de découvrir encore une facette de sa personnalité complexe : la passion qui animait ses recherches. Face à ces documents semés d’embûches il laissait au vestiaire sa maîtrise de soi pour donner libre cours à des réactions sur le vif. Ce furent des séances pleines de verve où l’intensité de sa joie face à un problème résolu ne trouvait d’égal que dans celle de sa déception devant une difficulté qui résistait.

Vous faites bien, vous arrivez à l’âge où il faut entreprendre des synthèses, constatait Caquot non sans satisfaction alors que mes recherches amorçaient un tournant vers les traditions des trois tribus indo-européennes d’Anatolie. Et voici que cette initiation à leurs mythes, à leurs croyances et pratiques religieuses me fait pénétrer d’avantage encore dans l’univers d’André Caquot. Je dirai même me fait découvrir ce que fut véritablement son univers. Appréhender une cohérence interne au sein de la « sphère mystérieuse » que constituent les phénomènes religieux, entrevoir la logique qui les inspire éveillait pleinement son intuition intellectuelle non sans combler son être.

Avec ce tournant dans mes recherches, nos échanges prenaient une nouvelle tournure, devenaient au fil des ans de plus en plus intenses. De plus en plus enrichissants pour moi. Maîtrisant parfaitement ce qu’il qualifiait de grammaire générale des religions Caquot débusquait avec aisance des analogies entre deux ou plusieurs systèmes. Toutes ces correspondances qui s’inscrivent dans une même idéologie, qui sont animées par les mêmes craintes mais se trouvent énoncées de manière dissemblable, selon l’imagination de chacune des ethnies. Retrouver leur sens intrinsèque sous des allégories souvent trompeuses à dessein, chercher à les éclairer l’une à l’aide de l’autre, occupait le plus clair de nos discussions par la fraîcheur estivale du Pays de Caux.

Cette perspicacité aux confins de la divination qui faisait d’André Caquot un savant d’exception en faisait également un être d’exception. De même que dans ses recherches, il portait des jugements pertinents et pénétrants sur tous ceux qui l’entouraient et sur tout ce qui l’entourait. Lui avaient-ils inspiré cette sagesse qui fut la sienne ? Il les articulait en tout cas dans ce même langage relevé et souvent revêtu d’humour. Qu’il s’agisse d’éloges ou de passages au crible atteignant parfois une note impitoyable.

Mais les dons d’une nature trop généreuse ne sont pas sans revers, sans peser de leur poids. André Caquot n’a pas échappé au fardeau de bienfaits dont elle l’avait comblé. Une sensibilité outre mesure le rendait vulnérable au point de le faire craquer face à ce qu’il vivait comme une épreuve. Un mauvais infarctus, consécutif à sa candidature au Collège de France, n’a-t-il pas failli l’emporter autour de la cinquantaine ? Trop réceptif à tout ce que le monde extérieur projetait sur lui, il se repliait dans l’isolement. Même plus, il érigeait comme des barrières protectrices autour de sa personne. Au sein de cet univers confiné, il se partageait entre ses recherches, son enseignement qu’il chérissait par-dessus tout et sa famille. Ce mode de vie où l’austérité était de mise se trouvait en harmonie avec la modestie inhérente aux êtres supérieurs qui, chez Caquot, avait banni toute propension aux hommages et honneurs.

Depuis ce repli sécurisant qui ne prit jamais le caractère d’une tour d’ivoire, André Caquot promenait un regard curieux sur tout, se tenait informé de tout. Et s’il avait fixé par écrit quelques réflexions sur lui-même elles auraient rejoint sans doute ces propos de C. G. Jung :
« Quand un homme en sait plus long que les autres, il devient solitaire. Mais la solitude n’est pas nécessairement en opposition à la communauté, car nul ne ressent plus profondément la communauté que le solitaire ; et la communauté ne fleurit que là où chacun se rappelle sa nature et ne s’identifie pas aux autres ».

Jusqu’aux derniers jours de sa vie, André Caquot aura joué pour moi le rôle d’un mentor précieux. Plus exactement jusqu’à cette soirée de la fin du mois d’août 2004 où M. et Mme Caquot sont venus en voisins pour découvrir ma nouvelle maison sur la côte d’Albâtre. Soirée bien sereine autour d’une montagne d’huîtres où aucun de nous trois n’entrevoyait l’imminence fatale du destin.

J’attendais le dessert pour servir, en guise de surprise, mes trouvailles les plus récentes dans la Vallée des Merveilles. Tels des bougies sur un gâteau d’anniversaire, les deux objets lithiques reproduisant des outils à graver stylisés se mirent à rayonner sur la table. André Caquot sursauta face à ces pièces insolites car premières du genre pour ce site protohistorique. Il les observa attentivement puis plongea dans la réflexion. – Où se trouvaient ces pierres ? demanda-t-il au bout d’un petit moment. J’expliquai alors qu’elles se nichaient sous ce grand mégalithe qui était installé sur cales au point d’accès sur le site et sur lequel on avait gravé une ébauche du plan général.

– Il doit s’agir d’un dépôt de fondation, s’exclama-t-il. Retournez vite aux Merveilles car ces deux pièces faisaient très probablement partie d’un lot. Si la nouvelle de cette découverte s’ébruite on risque de ramasser le reste à votre place.
J’ai suivi son conseil. Une fois de plus… Sans me douter que ce sera pour la dernière fois. Alors que je découvrais le reste du dépôt sous le mégalithe, André Caquot nous quittait. En silence et avec discrétion, comme il avait toujours vécu.  


.: Juin 2008

Les Actes du VIe Congrès international d'hittitologie qui s'est tenu à Rome du 5 à 9 septembre 2005 viennent de paraître dans la série Studi Micenei ed Egeo-Anatolici, vol. XLIX - 2007 [2008] : VI Congresso Internazionale di Hittitologia Roma, 5-9 settembre 2005, vol. I - II.
A ce congrès j'ai pris part avec une conférence consacrée à Hattusili Ier, roi fondateur de l'Etat hittite : "Testament politique de Hattusili Ier: encore et toujours", Actes, pp. 513-520.


.: Mars 2008

Ma première étude en collaboration avec le Docteur Dusko Aleksovski du site macédonien de Cocev Kamen vient de paraître dans Journal of Classical Studies Matica Srpska (9 2007):
"Le site pré/protohistorique de Cocev Kamen (Macédoine): ses analogies avec des sites européens"


.: Août 2007

Valcamonica

Au mois de mai j’ai  pris part au XXIIe Symposium International du Valcamonica qui a eu lieu à Darfo Boario Terme avec une conférence consacrée à Cocev Kamen et à ses analogies avec des sites mégalithiques européens.

La journée du lundi, 21 mai, a été consacrée à la visite de sites rupestres du Valcamonica. : réserve naturelle de gravures rupestres de Ceto-Cimbergo-Paspardo et Parc Archéologique Communal de Seradina-Bedolina (Capo di Ponte).

cliquez ici pour agrandirLors de cette visite j’ai admiré,à la suite de tant d’autres, l’imposante montagne Concarena qui surplombe avec majesté la vallée du côté ouest tout en dessinant sur le ciel ses crêtes ciselées. Mises en relief le matin, par le soleil levant, elles le sont tout autant le soir par les derniers rayons du couchant qui les fait profiler à la manière d’une dentelle. Nul doute qu’elle ait frappé l’imagination dès la plus haute antiquité (cf . M. Codebo, H. DE Santis, P. Barale, M. Castelli, L. Fratti, E. Gervasoni, « L’indagine archeoastronomica su un petroglifo della Valcamonica presso il Capitello dei Due Pini » , Bull. Centr. Camuno di St. Preist. 2003).

Une configuration insolite a attiré plus particulièrement mon attention : de forme ovale très allongée elle donne l’impression de se détacher de l’une des crêtes à l’extrêmité nord de ce mont alors que sa partie sommitale dessine très nettement un visage qui se tourne vers la vallée non sans donner l’impression de l’observer.

L’exploration sur place devrait pouvoir déterminer s’il y a eu  une intervention de l’homme visant à mettre en valeur cette formation, au départ naturelle, susceptible d’avoir revêtu une valeur consacrée au regard des auteurs du site.. Si tel était le cas, cette intervention se situerait, me semble-t-il, au premier chef dans la partie inférieure de l’ovale.

L'illustrations reproduites ici ont été réalisées avec un appareil peu performant. Elles suffisent néanmoins à mettre en évidence un cheminement sur le flanc de la montagne permettant l’accès à cette formation ovale.


L'Argentière-la Bessée

En août 2007 j’ai pris part au VIe FESTIVAL DU LIVRE à L’ARGENTIÈRE-LA BESSÉE qui a eu pour thème « LE VOYAGE, DE LA RÉALITÉ À L’INITIATIQUE » et concernait plus particulièrement la montagne. Lors de confrérence, intitulée « Du rationnel à irrationnel : quel fil conductueur ? » j’ai développé l’idée que les craintes de toutes sortes que l’homme n’arrivait pas  ou n’arrive toujours pas à maîtriser avec les moyens dont il dispose tissent ce fil conducteur car le menant à chercher  le recours dans l’imaginaire.


Site du Mont Bego

Les recherches au cours de la saison estivale de 2007 a eu pour fruit des découvertes particulièrement significatives dans le secteur des Merveilles qui apportent une nouvelle dimension à ce site. En attendant un exposé plus détaillé, on peut signaler dès à présent la présence de motifs gravés et peints, les formules de pigments montrant une composition déjà pratiquée sur d’autres sites anciens. Un dépôt à caractère sans doute votif comportait une série d’objets miniatures.


Hittitologie

Un très  beau volume de Mélanges aux contributions multiples vient d’enrichir l’hittitologie. Hommage mérité à Belkis et Ali Dinçol, deux spécialistes turcs qui forment un couple aussi soudé dans la vie que dans leur travail.

Cette réussite est à l’image de disciples qu’il ont formés au fil de leur enseignement.

Emilia Masson a eu le plaisir de rendre  hommage à ses deux collègues avec une étude sur l’idéologie qui a inspiré le graphisme de certains hiéroglyphes anatoliens comme de quelques dessins analogues gravés dans la Vallée de Fontanalba (site du Mont Bego).



Site du Mont Bego

Pierre Lance vient de publier (L’ERE NOUVELLE n° 177, mars-avril 2007) cette critique du livre d’Emilia Masson, Vallée des Merveilles, Cimes et Abîmes d’une recherche qui, pour le moins, ne manque pas de tonus.

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Site-Observatoire mégalithique du Cocev Kamen
(Macédoine ex-yougoslavie)


Lors de ses dernières prospections au moment de l’équinoxe du printemps Emilia Masson a pu constater que l’insolite cromlech qui encercle un grand mégalithe orné se trouve comme auréolé par le soleil levant en cette période de l’année.

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© Emilia Masson

En fin de journée, les rayons du couchant mettent en valeur les sculptures qui forment ce cercle de pierres.

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© Emilia Masson
 

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