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 u Mirages du Mont Bego selon Jérôme Magail

Mystères et merveilles accompagnent le Mont Bego dans l’imaginaire collectif. Manquaient les mirages. Ceux  qui semblent sidérer l’esprit de Jérôme Magail depuis six ans. C’est un record de mirage et de sidération.

Lors d’un colloque, à Nice, consacré au Mont Bego, les 15 et 16 mars 2001, M. Magail fit une relation de sa découverte : « Un cadran solaire en zone archéologique IV » de la Vallée des Merveilles. Cette trouvaille ne suscita pas d’intérêt, ni dans la presse, ni chez les savants.

Les berlues ayant la vie dure et l’âme (de poignard) chevillée au corps (céleste), Jérôme publia avec Jean-Marc Guaume les actes de ce colloque de Nice en 2005., Le site du Mont Bego, de la protohistoire à nos jours. Son style se révélait déjà confus mais gardait l’humilité qui sied au découvreur modeste. Il tentait (pages 77 à 80) de démontrer l’existence de son prétendu cadran. Deux photos floue (fig. 82 et 84) -illustrant mieux le style de Magail que son hypothèse - nous montraient une roche inclinée ornée de 35 gravures invisibles. Une esquisse de relevé aux pattes de mouches emmêlées était censée reproduire les gravures invisibles de la roche photographiée (fig. 85 et 89). Mirage ?

Pour souligner ce nouveau principe d’incertitude, aucune échelle ni indication  d’orientation ne vient éclairer la démonstration molle. En effet, l’idée serait qu’une « entaille » surplombant la roche inclinée projetterait son ombre sur les gravures en question qui, nous précise Magail, « semblent  alignées  (sic!) au bas du rocher » : rigoureuse assertion mais mirage possible.

Le reste est à l’avenant. L’entaille – qu’il a fallu rehausser de quelques centimètres pour demeurer plausible – balayerait les gravures, d’un bout à l’autre, du solstice d’été au 14 septembre.

Cette entaille surélevée est promue gnomon et hisse le récit de M. Magail au niveau du Da Vinci Code.

L’entaille est-elle façonnée de main d’homme, en quoi se différencie-t-elle de la multitude de pics analogues qui jalonnent les crêtes du massif ? Pas d’explication.

En février 2007, le fluet mezza voce de 2001 se transforme en fortissimo. C’est sur le site du Musée d’Anthropologie préhistorique de Monaco que Jérôme annonce « la découverte du cadran solaire du Mont Bego » en oubliant sa conférence de 2001.

Les initiés remarquèrent d’emblée la rigoureuse similitude des arguments et la même indigence des relevés. Pour cause, il s’agissait d’une reprise pure et simple.

Puisqu’il fallait un peu de neuf dans l’argumentation, la date du 14 septembre trouva sa raison d’être : date butoir pour la transhumance. Autre nouveauté : l’ordinateur entre en jeu et l’on y fait des simulations.

Dopé par ses propres remous, Jérôme en vint à insinuer une association de son cadran solaire avec des monuments tel Stonehenge (véritable observatoire astronomique) ou encore avec le disque extraordinairement travaillé de Nebra qui évoquent l’un comme l’autre les dates clés de l’année par rapport au soleil, et semblent bien au-delà d’une histoire de bétail. Et pour compléter ce panache, les pyramides égyptiennes entrent en jeu…

Rien dans ses arguments n’étant avéré jusqu’à présent, en dépit des déclarations d’une certaine presse, M. Magail annonce qu’il reprendra ses recherches lorsque les neiges auront fondu. N’auraient-elles donc pas fondu depuis 2001 ?

Plus éternelles que celles du Kilimandjaro, les neiges du Bego offriraient un démenti merveilleux au réchauffement de la planète.

Il est vrai que ce nivôse de six années est une aubaine véritable.

M. Magail garde ses arguments au frais, sous les mirages.

Au pied du Bego : prête pour la transhumance, elle glane les indications du « gnomon ».   © Emilia Masson (octobre 2006)

Monsieur Patrick Simon, Directeur du Musée d’Anthropologie préhistorique de Monaco est un géologue de qualité et un spécialiste rigoureux. L’expérience relatée par Emilia Masson dans la lettre, ci-dessous, invite à se demander si la rigueur  de M. Simon ne connaît pas parfois deux poids et deux mesures.

"De: Emilia Masson

Date: 2 mars 2007 17:13:05 GMT+01:00

À: Patrick Simon

Monsieur le Directeur,

En septembre 2005 j'avais soumis à votre regard de spécialiste un objet lithique triangulaire trouvé dans la Vallée des Merveilles. Vous avez fait preuve alors d'une certaine réserve tout en m'invitant à faire expertiser l'objet avant de me prononcer. Vous avez eu grandement raison: la rigueur et la prudence sont le credo de toute recherche véritable.

J'avais suivi votre conseil en soumettant la pièce en question à un excellent sédimentologie lequel a adjugé sur le champ: la loupe binoculaire est le seul moyen de vérifier un éventuel travail de façonnage sur une pierre susceptible de remonter à la pré/protohistoire. J'ai suivi son conseil, j'ai frappé à la porte d'un des meilleurs laboratoires du pays où la pierre en question a été examiné, cf. photo jointe. Cet examen a révélé des traces de taille sur la pointe et de polissage sur la base permettant à la pierre de se tenir debout.

Aussi, je vous remercie de vos conseils : ils m'ont indiqué le chemin à suivre.

© Emilia Masson

 Dans ces conditions, vous imaginerez ma surprise en voyant l'annonce de la "découverte"  d'un "cadran solaire au Mont Bego" sur le site de votre Musée. Cadran qui s'inscrit dans la série de sites tels Stonehenge ou encore se compare au fascinant  très travaillé disque de Nebra. L'hypothèse est séduisante, je dirais même plausible, étant donné le caractère du site. Mais, avant de l'annoncer comme certaine faut-il la soumettre aux mêmes credo que vous avez observés pour la pierre triangulaire?

1) Car, si j'ai bien compris, l'essentiel de l'hypothèse de M. Magail repose sur une arête "entaillée" au sommet d'une crête afin de projeter l'ombre sur un groupe de gravures.

Or, on aimerait savoir si  ou quel spécialiste a expertisé le "gnomon" en question afin de permettre à M. Magail d' affirmer qu'il résulte d'une intervention de l'homme. C'est important en soi et plus particulièrement pour ceux qui ont arpenté les flancs du massif du  Bego  et savent que de telles arêtes jalonnent ses crêtes. Instruite par mes propres expériences cette vérification n'est pas ou n'a pas été facile, car, seule, la loupe bino doit pouvoir décider de la nature de l'arête. Or, elle n'est pas transportable à de tels sommets. A moins que des appareils nouveaux, aussi performants qu'une bino mais plus malléables, aient échappé à ma connaissance.

2) Afin d'avancer dans sa démonstration du dit cadran, M. Magail semble bâtir une seconde hypothèse sur la première : présumant une érosion (pas impossible) il "rehausse" son "gnomon" de 7 centimètres pour les besoins de l'ombre, afin qu'elle tombe juste sur des gravures, selon lui, significatives. Or, si on arrive à démontrer que l'arrête n'est pas fortuite, il faudra également démontrer que ce façonnage repose sur des arguments solides. Tâche qui me paraît encore plus difficile car il n'existe aucune structure autour de l'arête en question permettant d'évaluer avec certitude sa taille initiale. Mais, ici encore, il y a peut-être des moyens qui m'échappent.

Sans cette démonstration matérielle, l'hypothèse de M. Magail demeurera nécessairement au stade d'hypothèse. La présenter urbi et orbi par des voies médiatiques comme une "découverte" est, je le crains, contraire à la rigueur scientifique alors que cette démarche qui recourt à l'arbitraire, fut-il plausible, risque d'encourager des esprits aventureux à échafauder des hypothèses à tort et à travers en recourant à des arbitraires analogues.

3) Enfin, les gravures sur lesquelles l'ombre ainsi restituée se projette ne présentent pas une composition significative alors que le motif de poignards, l'un des plus fréquents sur le site, prend, me semble-t-il, des valeurs différentes. Il y a, en revanche,  des scènes aux Merveilles comme à Fontanalba plus caractéristiques et qui de ce fait traduisent sans équivoque, un caractère astronomique, telle par exemple la composition de 24 bucranes tracés dans un alignement est-ouest parfait et regardant vers le sud.

Le spécialiste en matière de géologie que vous êtes, le savant à juste titre prudent que vous êtes, pourra-t-il m'éclairer si oui ou non l'hypothèse de M. Magail repose sur des arguments suffisamment solides pour être présenté sur le site de votre Musée comme une "découverte".

En vous remerciant pas avance et avec mes salutations les meilleures"

Emilia Masson 

Jusqu’à présent E.M n’a toujours pas obtenu de réponse.

Lettre reçue de M.Bruno ANCEL.

 

Pudeur de journaliste

La presse est faite pour informer ses lecteurs, nous rappelle-t-on souvent. Trop souvent !  Comme pour nous faire croire, nous convaincre même que le contraire n’est pas envisageable.

Or les situations absurdes et de ce fait logiquement pas envisageables abondent dans notre pays. Au point d’atteindre même des domaines en apparence anodins, tels que l’archéologie.

Du coup, la presse s’escrime à les répercuter de manière plus ou moins revue et corrigée. Ou encore les passe sous silence. Selon les circonstances.

Depuis plusieurs années Jean-Paul Fronzes suit pour Nice-Matin mes enquêtes au Mont Bego. Journaliste avisé, il cherche à s’informer au mieux du sujet à traiter et à le répercuter avec la conscience qui se doit mais aussi … avec la prudence qui s’impose.

Confiante ou irrémédiablement naïve, je fis mes confidences et mes doléances à Jean-Paul Fronzes au sujet des charbons de bois. Oui, charbons de bois que j’ai recueillis en 2004 dans un foyer au sein de la Vallée des Merveilles. Première matière chronologiquement analysable sur le site et de surcroît mise au jour dans son contexte d’origine. Matière précieuse que, seules, les analyses peuvent faire parler. Analyses qui dépassent les possibilités d’un chercheur ne bénéficiant d’aucune subvention Rassemblant mes petites économies j’ai réussi à faire examiner ces échantillons dans un laboratoire suisse (précaution oblige) de dendrochronologie qui décréta le feu des Merveilles fait de mélèzes dont certains plusieurs fois centenaires. Bref, une trentaine de charbons méritaient l’analyse au C14 en vue d’une datation. Faute de moyens un seul eut le privilège de ce procédé coûteux et offrit un résultat encourageant et déjà important : 1289 - 1410. Aussi, apprenait-on qu’ici comme ailleurs la pratique d’un foyer, de toute évidence cultuel, se prolongeait jusqu’au Moyen Age.

Voici la raison de mes doléances. Optimiste innocente, j’espérais que Jean-Paul Fronzes mettrait en évidence cette situation absurde causée par le financement. Douce illusion ! Le journaliste prudent éluda le problème. Dans une phrase quelque peu confuse et en tout cas faussant la vérité: « Le laboratoire de Moudon vient d’examiner ces fragments…il les date de 1289 à 1410 » (Nice-Matin, 23/10/05).

A mes doléances succédèrent les protestations. Journaliste consciencieux, Jean-Paul.Fronzes se sentit obligé de faire un rectificatif. Journaliste pudique, il offrit à ses lecteurs en guise de correction  cette nouvelle version de contre-vérité (Nice-Matin 30/10/05) :

 

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