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u RECHERCHES

 SITE PROTOHISTORIQUE DU MONT BEGO

Dès ma première visite sur le site, en 1991, il m’a paru que les  configurations suggestives des deux vallées qui encadrent la chaîne du Bego, Fontanalba au nord et Merveilles au sud, avaient évoqué aux graveurs les deux domaines antithétiques et indissociables, le ciel et la terre,  qui, au regard des Anciens, formaient l’univers. Vaste cirque glaciaire, Fontanalba offre un

cadre verdoyant et hospitalier et présentait sans doute à la population de jadis l’image par excellence de notre monde. A ce cadre rassurant, les Merveilles opposent

 

un décor chaotique et inquiétant  avec un sol rocailleux parsemé de pics qui se dressent vers le ciel. Tout dans cette vallée concourt à évoquer l’image symbolique de l’Au-delà.

 

 

 

© Emilia Masson

 

L’iconographie de motifs gravés qui ornent les flans du massif du Bego. témoigne en faveur  de cette vision dualiste des Anciens : à Fontananba ils ont narré leur vie à l’aide de dessins à caractère profane et réaliste. Aux Merveilles, des schémas stylisés ou abstraits dépeignent leur vision du Cosmos, leur pratiques religieuses relatives à lui ; les trois stèles principales sur le Pic des Merveilles se laissent déchiffrer comme trois épisodes de la naissance de l’Univers telle qu’elle est chantée par le poète grec Hésiode.

© Emilia Masson

Deux publications annonçaient mes premiers résultats de ces recherches tout en apportant une première explication globale du site:

"Découverte de la signification des gravures de l'Age du Bronze ancien du Mont Bégo (Alpes-Maritimes) dans leur ensemble", Comptes rendus de l'Académie des sciences t. 314, série II, Janvier 1992, 313-317.

Vallée des Merveilles, un berceau de la pensée religieuse européenne, 1993, Dijon, Editions Faton/Dossiers d'Archéologie  Avril-Mai 1993, 124 (nombreux dessins et illustrations).

Un grand visage humain sur le massif pyramidal qui se détache du flanc nord de la Cime des lacs m’a servi de guide dans la recherche d’un culte de sommets : il s’organise autour d’une faille-grotte étroitement liée à cette image sculptée entièrement ou en grande partie par la nature.

« Vallée des Merveilles : un culte de sommets », Archéologia n° 307 (1994)

Vallée des Merveilles, un sanctuaire dévoilé, A la recherche de notre passé, paris 1996. Pour les recherches et découvertes jusqu’à 2002 :

 

 

 

 

 

Vallée des Merveilles, Cimes et

© Emilia Masson

Abîmes d’une recherche, Paris, A la recherche de notre  passé.

uRésultats non publiées :

 Plan général du secteur des Merveilles

L’étude de l’emplacement et de l’orientation des gravures les plus significatives dans le secteur des Merveilles que j’avais entreprise dès 2002 avec Bruno Ancel, a fait apparaître une organisation très étudiée qui obéit à un concept de triangulations et où se dégagent aussi des axes insoupçonnés :

On observe au premier chef un axe de base formé par les deux reproductions miniatures (nos 1 et 2) du grand visage sur le rocher pyramidal (point 0). Long de 1.200 m., il trace la ligne est-ouest avec une précision remarquable qui témoigne d’une grande maîtrise en matière des orientations. Avec leur modèle ces deux gravures forment un triangle quasi équilatéral.

Le même axe sert de base au triangle de format analogue qui lui fait face et dont la partie sommitale est marquée par les gravures du Grand Capelet (n°3), actuellement les plus élevées du site (1.800 m).

Ces éléments ajoutés parachèvent en quelque sorte le double face-à-face qui marque le décor des Merveilles :

-        uLe Grand Capelet (pôle masculin)

-        uLa Cime des lacs (pôle féminin)

Entre ces deux grands monts :

               uLe pic des Merveilles

               uLe massif pyramidal

© Emilia Masson

Outre les triangles, on relève des axes tout aussi significatifs qui suivent soit la ligne nord-sud soit celle, est-ouest. Deux d’entre eux mettent plus particulièrement en évidence un plan très étudié et qui s’harmonise avec le contexte naturel de cette vallée :

u l’axe nord-sud formé par les deux blocs rocheux qui; à l’état actuel des recherches, constituent les uniques supports posés : la stèle dite du  Chef de tribu  (n° 5) et le mégalithe sur cales (n° 12) où l’on découvre une esquisse du plan général du site. Loin d’être choisis au hasard, leurs emplacements respectifs suggèrent une corrélation entre ces deux ensembles gravés.

u l’axe, également nord-sud, formé par les trois roches gravées dont les motifs sont, tous, en rapport avec le soleil (nos 14, 8 et 11). Une scène exceptionnelle qui avait échappé jusqu’à présent au regard des spécialistes balise la pointe nord.. Figuration d’un rite solaire où un jeu graphique met  l’accent sur les quatre points cardinaux, elle devient apparente au moment où les derniers rayons du soleil couchant en période d’équinoxe d’automne viennent l’éclairer. Au milieu de cet axe se trouve la roche gravée connue comme celle de la Danseuse,

 

 

 

© Emilia Masson

image qui représente en réalité un prêtre solaire. Enfin, sur la pointe sud se trouve la roche qui porte un dessin réaliste du soleil et qui reçoit ses rayons à la mi-journée.

 

 

© Emilia Masson

 

Découverte d’une installation cultuelle dans les éboulis qui descendent le long du flanc Est de la Cime des lacs.

 

 

 

 

 

© Emilia Masson

 

Le désordre, à première vue apparent, de ces éboulis qui descendent jusqu’au Lac mouton masque en réalité une série d’aménagements  cultuels qui s’organisent dans un schéma cohérent et forment un ensemble avec la faille-grotte qui les surmonte. Il s’agit ici de premières installations actuellement connues sur le site du Mont Bego qui, a côté des gravures,sont jalonnées de toute une série d’objets lithiques. Ils nous font découvrir un ensemble d’outils à graver ainsi qu’une série d’objets indiquant la sacralité du lieu.

 

Taureau associé à une vasque orientée vers le soleil levant

© Emilia Masson

 

 

 

 

Un stylet toujours d’actualité…

© Emilia Masson

MEGALITHES DE LA VALLEE DES MERVEILLES

(flanc nord de la Cime des lacs)

fig.1 © Emilia Masson

Nos dernières prospections étaient consacrées au  flanc nord de la Cime des lacs qui dévoile encore un pan du site. Au sein du chaos rocheux qui le peuple se détache un groupe de mégalithes montrant des formes particulières alors que leur disposition suggère un essai de mise en scène. Avec le massif pyramidal qui les surplombe à l ‘ouest et sur lequel se dessine un visage géant elles créent un décor grandiose (pl. 1) qui fait face au Mont des Merveilles, voire à sa partie la plus dansement gravée.

fig.2 © Emilia Masson

Comme c’est le cas de toutes les créations ou formations rupestres de taille imposante, c’est en étant observées de loin que ces figures produisent pleinement l’effet escompté. Trois d’entre elles nous laissent sur l’impression de pénétrer dans le bestiaire de cette population. Dans la cavité en contrebas du massif pyramidal deux têtes animales stylisées se profilent au sommet d’un mégalithe particulièrement volumineux et au contour semi-circulaire (pl. 2). Devant les têtes on voit deux vasques. . Quelques mètres plus loin, à leur gauche, une figure de félin, voire de trois félins, donne l’impression de les observer (pl. 2).

fig.3 © Emilia Masson

Il appartiendra aux spécialistes de la taille de pierre de déterminer où et de quelle manière la main de l’homme est intervenue sur ces deux configurations. Toutefois, elles suffisent déjà pour illustrer que les artistes du Bego  ne faisaient pas exception à cette pratique des Anciens qui consistait à parachever des formes déjà suggestives. Ainsi la structure naturelle de la roche qui représente le félin évoquait au départ l’animal en position de repos ;  les incisions ingénieusement simples esquissent les yeux (fig. 3) tout en réalisant la perspective de trois têtes qui se suivent.
fig.4 © Emilia Masson

Sur la pente raide au-dessus de cette cavité se profilent d’autres formations (4). Au sommet de la pente qui apparaît aussi comme le point culminant d’un passage formé par les roches qui l’encadrent se dresse un gros bloc rectangulaire (fig. 5) qui repose sur une plate-forme rocheuse. Son équilibre serait assuré autant pas son poids que par des calages en dessous et sur les côtés. L’effet de cette position est parachevé par la partie sommitale du mégalithe dont les contours dessinent un triangle:

fig.5 © Emilia Masson

les deux concourent à figurer la symbolique universelle qui évoque l’élévation vers le ciel, voire la jonction entre le ciel et la terre.
Il appartiendra aux spécialistes du mégalithisme de déterminer  si et comment l’homme est intervenu sur ce bloc dont la partie inférieure  montre l’aspect et les rugosités de sa forme d’origine. On signalera juste que la technique d’épannelage n’était pas étrangère aux auteurs de ce site. Comme l’avait constaté Pierre Campmajo lors de son expertise effectuée en 1999 pour  le Parquet de Nice, ce type de travail a été pratiqué en vue de lissage sur la paroi de la faille-grotte qui traverse le massif pyramidal.

fig.6 © Emilia Masson

Une série de casiers traverse de part en part la face nord du mégalithe (fig. 6) qui constitue en quelque sorte sa façade. Leur partie supérieure, réalisée en ronde-bosse, donne l’impression d’avoir été taillée de gauche (à droite pour le spectateur) à droite, la taille de chacun débutant au-dessus du trait précédent. Leurs largeurs respectives qui diminuent en allant vers la droite témoigneraient dans le même sens car traduisant le souci de reproduire un nombre déterminé qui est de sept.

fig.7 © Emilia Masson

Une empreinte du pied droit se laisse déceler sur les faces est et nord).  Créations naturelles ou réalisées en complétant les formes préexistantes elles devaient incarner, ici comme ailleurs, la même symbolique, celle d’un lieu, voire d’un passage sacré.
Observés à une certaine distance et destinés à être vus de profil, les deux massifs rocheux qui balisent le passage du côté est ne manquent pas d’évoquer des figures suggestives. Le premier  montre un oiseau le bec levé vers le ciel (fig. 7).
fig.8 © Emilia Masson

Le second fait apparaître une variante iconographique de griffon, monstre hybride connu dans de nombreuses civilisations, auquel on attribuait le rôle de gardien.  Sur notre mégalithe, la tête apparaît comme celle d’un lion alors que le corps dessine les ailes ployées d’un aigle. Sur son dos on aperçoit une représentation en ronde-bosse (fig. 8).

fig.9 © Emilia Masson

Des recherches plus poussées dans cette zone quelque peu laissée pour compte permettront de cerner, voire même de compléter ces observations toutes récentes. Toutefois, grâce à l’esprit systématique des auteurs du site qui ont pris le soin de le baliser on peut envisager dès à présent que les vestiges et configurations  sur les flans est et nord de la Cime des lacs constituent (fig. 9)  un élément essentiel dans le concept de son organisation et qu’il est étroitement en rapport avec le complexe cultuel du massif pyramidal qui les surplombe (fig.1).

fig.10 © Emilia Masson

Mieux encore : dessin stylisé du grand poignard (1 mètre) gravé sur la montée vers la faille-grotte, plus exactement sur une roche au ras du sol (fig. 10) juste au-dessus des mamelons qui séparent ces deux zones d’éboulis (fig. 9). Dans cette partie à peine ornée de gravures ce motif imposant surprenait.

 

 

 

A présent sa raison d’être apparaît pleinement : placé de manière à être vu par ceux qui descendent (de la faille-grotte ?), il pointe en direction des configurations sur le flanc nord tout en indiquant le passage le plus direct.
fig.11 © Emilia Masson

Autre élément significatif : un groupe de trois petits bucranes gravés du côté nord, sur une roche située au pied de la pente abrupte (fig. 11) où se dresse le mégalithe pointu s’avère comme une réplique au grand poignard. Les positionnements relevés par Bruno Ancel indiquent en effet une orientation identique de leurs trois museaux (0, 52 par rapport au nord magnétique). Ils se tournent exactement en direction du poignard, voire de sa pointe, et forment ainsi un axe avec  lui (fig. 12).

fig.12 © Emilia Masson

Enfin, la représentation imposante qui orne la face est du mégalithe qui, tel un gardien, se dresse juste devant la roche pyramidale (fig. 1) présente encore un type nouveau : il s’agit d’un profil humain réalisé en ronde bosse tout en utilisant  en partie des fissures natures (fig. 13 et 14).
Ces résultats, si éclairants soient-ils, lèvent juste un coin du voile qui recouvre  la complexité et la richesse du site protohistorique du Mont Bego.

fig.13 © Emilia Masson
fig.14 © Emilia Masson
   

 

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